Suède

Pays avec un fort taux d'équipement en ordinateurs reliés à l'Internet, la Suède fait aussi partie de la région la plus branchée de l'Europe. Chacun rivalise d'ingéniosité pour se placer dans la société de l'information. Nous avons cherché, par quelques coups de projecteur, à mettre en lumière les progrès de l'utilisation de l'Internet dans les administrations des pays d'Europe du Nord. Le chapitre sur la Suède développe quatre points: le portail "Suède en direct", les comités des réflexion sur les projets TIC, le projet de carte à puce, et l'aide de l'Etat à l'équipement des ménages. Dans un chapitre séparé nous traitons des livres du citoyen sur l'Internet en Suède, Finlande et au Danemark, qui veulent être "le" portail du citoyen.

1. Le portail "Suède en direct" (SverigeDirekt)

Loin de faire une présentation exhaustive de ce portail nous nous limitons à mettre en relief quelques points.

"Suède en direct" est le portail des informations et des services publics en ligne. L'adresse (qui se traduit littéralement en français par "suede-en-direct.parlement.se") met en avant le nom de l'institution parlementaire chargée de la coordination. Notons que le Danemark a opté pour une adresse plus courte: http://www.danmark.dk.

Si le portail est rattaché au Parlement en Suède qui prend en charge un des salariés, son contenu résulte du travail d'un groupe de neuf personnes représentant les quatre niveaux institutionnels: Parlement, Gouvernement, Conseils généraux, et Municipalités

Ce travail collectif est notamment révélé par une image constituée de quatre cercles concentriques: on accède ainsi facilement aux sites des 284 communes et 20 Conseils généraux (dont deux régions) en particulier.

La page d'acceuil permet d'ouvrir une page avec les liens sur les différentes institutions et administrations. L'accès se fait en pointant sur des noms (lorsque le groupe d'institutions est réduit) ou sur les lettres d'un alphabet. En une page le citoyen peut ainsi localiser sans moteur de recherche le site web de n’importe quelle institution de l'administration.

A. Un questionnaire d’évaluation du site bien mis en évidence

Dans la rubrique "Actualité" de la page, il est proposé (Till enkät) de remplir un questionnaire d'évaluation du site. Ce questionnaire regroupe onze questions, dont dix sont à choix multiple:

  1. Combien de fois l’utilisez-vous?
  2. Avez vous ajouté son adresse dans vos signets?
  3. Dans quel secteur travaillez-vous?
  4. Comment avez vous appris l'existence de ce site?
  5. Quels sont les rubriques qui vous intéressent?
  6. Est-il facile de naviguer sur le site?
  7. La visualisation est-elle rapide par rapport aux autres sites?
  8. Trouvez-vous des liens intéressants?
  9. Le site est-il le meilleur point d'entrée pour trouver des informations sur le pays?
  10. Pourquoi avez-vous choisi d’utiliser cette source d'information au lieu de contacter l’administration par une autre voie?
  11. Spécifiez par un texte libre ce qui manque

A la fin du questionnaire on est invité à donner son adresse postale pour recevoir à titre de cadeau une carte de téléphone d'une valeur non spécifiée.

B. Règles à suivre pour être référencé dans le portail

La production de l'information est décentralisée. Pour être référencé sur le site, les webs doivent respecter quatre règles:

  1. Approbation avant publication, par l'administration concernée
  2. Affichage de la date de la dernière mise à jour
  3. Contrôle régulier notamment au niveau des liens
  4. Page d'accueil avec logo et nom et adresse du webmestre

Les sites qui respectent ces quatre règles sont marqués d'un label de petite taille. Dix suggestions sont ajoutées en complément:

  1. Chaque site doit avoir son propre nom de domaine (nomdusite.se)
  2. L'adresse doit être facilement accessible notamment dans les moteurs de recherche
  3. Les documents doivent être indexés avec des mots significatifs
  4. La page d'accueil doit donner les coordonnées de l'organisation: adresse postale, téléphone, fax, e-mail
  5. Les documents sur un thème particulier peuvent inclure une adresse électronique pour obtenir des informations complémentaires
  6. Les images ne doivent pas prendre trop de place et notamment sur la première page et les plus "encombrantes" doivent être signalées avec indication de leur taille
  7. Le site doit inclure un moteur de recherche
  8. Le site ne doit pas avoir de page manquante ou "en construction"
  9. Un lien vers la page d'accueil doit être ajouté dans chaque document
  10. Un lien doit être établi de la première page vers le portail "SverigeDirekt"

2. Les comités de réflexion sur les TIC au sein de l'administration et de la société

Trois groupes ou institutions s'impliquent dans la coordination des réflexions sur l'Internet et la société de l'Information. Ainsi même pour un pays avec population de taille limitée, on ressent le besoin d'investir dans la coordination.

A. La commission TI (IT Kommissionen)

La commission TI, installée en 1994, est chargée de conseiller le gouvernement sur les questions relatives aux technologies de l’information. Elle analyse l’influence des TI sur le développement de la société, leur contribution à la croissance et l’emploi. Présidée par le ministre de l’Industrie, de l’Emploi et des Communications, elle est composée de huit membres permanents. Elle présente chaque année un rapport d’activité. Sa mission se termine théoriquement au mois de juin 2003 avec la production d'un rapport final.

Sur les domaines qui nécessitent une attention suivie, la commission a créé quatre observatoires: "TI et droit", "Nouvelles entreprises, éducation permanente et croissance", "Infrastructure", "TI et sécurité".

La commission a déjà terminé six projets dont deux ont fait l'objet de traduction d'une partie du rapport. Parmi ceux-ci on note:

B. L’Agence de Développement Administratif (Statskontoret)

L’Agence de Développement Administratif (ADA) est une institution d'étude pour le gouvernement et l'administration. Elle est composée de 115 personnes dont un groupe d'une trentaine chargé des questions relatives aux TI

Ce groupe travaille notamment sur les thèmes suivants:

Chaque année, l'ADA produit plusieurs publications dont certaines sont traduites en anglais. On note par exemple les rapports sur le projet européen ACCENT consacré aux achats dans les TI par l'Etat à la prise en compte des critères d'accessibilité pour tous (notamment les handicapés)

Dans une annexe à ce rapport figure la description des réglementations d'achats politiques dans les pays d'Europe du Nord (y compris l'Islande) et l'Irlande. On y trouve également les mesures prises pour favoriser l'accessibilité des TI et plus généralement pour promouvoir la société de l'information dans ces pays (voir http://www.statskontoret.se/accenteng.htm).

L’ADA propose un site comprenant un journal sur l'administration "La Gestion Quotidienne" (Dagens Förvaltning) complétée par un forum. Le journal propose chaque semaine de participer à un vote et en affiche les résultats. Il est demandé de choisir une réponse dans une liste. On a eu ainsi possibilité de voter sur des questions comme:

C. Le Top Leader Forum (Toppledarforum)

Top Leader Forum (TLF) est chargé de proposer des améliorations du service public par l'introduction des TI. Il a été créé à l’initiative du ministère des Finances en coopération avec la fédération des Communes (Kommunförbundet) et la fédération des Conseils généraux (Landstingsrbundet). L’Agence de Développement Administratif en assume le secrétariat. Le TLF ne dispose pas de personnel permanent et fait appel pour conduire ses projets aux ressources des différentes administrations.

Ses travaux ont porté sur:

Le TLF a réalisé neuf études dont la première sur le projet carte à puce dans l'administration.

3. Le développement de la carte à puce dans le Service Public

Le projet cartes à puce du "citoyen" pour assurer sur l'Internet son identification, sa signature et le cryptage des informations est déjà ancien. Il illustre concrètement le résultat d'une collaboration entre administrations et entre le public et le privé.

A. Un projet déjà ancien

L'idée semble avoir été proposée initialement lors d'un débat au Parlement par un député. En 1995, le TLF demande à la fédération des Conseils généraux d'étudier l’utilisation de cartes à puce dans le Service Public. Un premier rapport est publié en 1996 sous l’intitulé "Comment faut-il utiliser les cartes à puce dans le Service Public?"). Il est suivi la même année par "TI plus sûre dans le Service Public: une solution de sécurité basée sur cartes à puce pour l’État, les Communes et les Cantons".

Le TLF n'intervient pas seul dans la coordination du projet. Une association a été créée pour travailler sur le projet: SEIS (Information Electronique Sécurisée en Société). Elle regroupe des administrations, des entreprises, et des laboratoires de recherche. La liste des institutions membres souligne la richesse de ce partenariat. On y retrouve des entreprises, des administrations, des universités.

SEIS a coordonné la spécification d'un standard pour les cartes à puce pour les fonctions suivantes:

La Suède cherche à promouvoir ce standard au niveau international et est très active dans la coordination des pays nordiques sur ce thème.

Notons enfin que SEIS a rédigé un document de vulgarisation en anglais sur la carte à puce (voir aussi le fichier PDF en anglais). Il propose aussi sur son site un montage illustrant les différents usages à venir de la carte à puce

B. L'état du projet

Le TLF a publié en avril 1999 un rapport, (qui n'est malheureusement pas disponible en anglais) sur le projet carte à puce; il décrit son état de développement: "Cartes à puce dans le Service Public" ("Elektroniska servicekort i offentlig sektor" ).

Des cartes à puce "mono-application" sont actuellement expérimentées dans des hôpitaux, des Conseils généraux, des universités et des banques. Ces expérimentations rencontrent plusieurs obstacles:

La vitesse de généralisation de la carte à puce dépendra de la disponibilité des infrastructures et des cartes et sans doute de la possibilité d'utiliser la même carte pour plusieurs applications. A ce jour l'infrastructure des clés publiques n'est pas encore en place et l'usage de la carte reste limité aux relations avec son fournisseur (banque, chaîne de magasins). On prévoit que d'ici trois à cinq ans, une seule carte sera nécessaire et opérationnelle sur tout le territoire. Mais son rôle comme support de stockage d'informations personnelles autres que celles nécessaires à l'identification et au cryptage semble de voir pour des raisons de sécurité être limité. Face aux réticences naturelles des citoyens qui ont peur des atteintes à la protection de la vie privée résultant de la carte, le gouvernement met en avant la loi actuelle qui interdit de croiser l’information à partir de plusieurs registres officiels et de constituer ainsi un "super-registre".

L'Etat veut laisser une place au secteur privé: une seule carte sera nécessaire et elle pourra être fournie par le public ou le privé. L’Agence de Développement Administratif est responsable de l'achat des cartes pour le secteur public.

La grande banque MeritaNordbanken a installé un système de carte à puce en décembre 1997. Elle propose à ses clients de recevoir une carte ainsi qu'un lecteur à brancher sur l'ordinateur personnel. Elle est ainsi parvenue à équiper 50.000 clients en décembre 1998.

4. L'aide de l'Etat à l'équipement des ménages

Même très bref cette dernière section a son importance. Dans un pays qui est considéré comme très bien équipé en micro-ordinateurs, la Suède continue néanmoins à proposer une aide spécifique pour encourager l'achat d'ordinateurs personnels.

Au mois d’octobre 1997, le Parlement a exonéré de TVA les ordinateurs familiaux achetés dans le cadre des programmes de formation des entreprises. C'est ainsi que pour environ 200F par mois, l'employé suédois peut louer un ordinateur grâce à une formule de leasing.

Conclusion

La visite sur le web suédois a été brève pour des raisons de langue essentiellement. L'avancée de ce pays vers la société de l'information justifie clairement un effort spécifique français ou européen de traduction. La courte visite, résultat du travail d'un mois d'un étudiant suédois, Mikael Anzen, a permis néanmoins de souligner l'importance donnée à la coordination. Le site Suède en direct en est un bon résultat. On n'y trouve rien d'exceptionnel; il montre ce qui peut être atteint par un effort raisonnable de coordination. Pour notre pays on l'on voit simplement rivaliser les sites des deux chambres du Parlement, ceci mérite d'être souligné.

Des institutions de coordination même légères ont été mises en place sur la durée. Enfin le projet carte à puce du citoyen doit dans notre pays inventeur de la carte être suivi de prêt, autant pour les standards que pour les expérimentations des usages. Compte tenu du coût du projet de généralisation d'une carte à l'ensemble des citoyens, les économies réalisées par l'étude approfondie de ce qui se passe chez nos voisins d'Europe du Nord risquent d'être importantes.