Le monde de la recherche

La recherche sur le gouvernement et l'administration dans la société de l'information

La forte médiatisation actuelle des réseaux et du multimédia peut donner l'impression que l'on s'avance en territoire connu. Les procédures administratives "manuelles" sont familières et l'on imagine ce qu'elles seront en ligne. Les dialogues sur le net avec les hommes politiques laissent à penser que l'on ira rapidement vers une démocratie plus participative. Enfin, il y a une relative facilité aujourd'hui de mise en œuvre des TIC: on est loin des difficultés de développement et d'installation que l'on a rencontrées durant les deux premières décennies de l'informatique.

Pourrait-on alors faire l'économie d'études et de recherches? Il ne le semble pas. Les risques et les coûts des erreurs sont grands: l'exploitation insuffisante d'un matériel à obsolescence rapide, le développement d'applications coûteuses ne correspondant pas aux attentes des personnels des services publics et des citoyens, le rejet par manque de formation. Il importe de garder toujours présent à l'esprit les conclusions des enquêtes conduites sur les grands projets informatiques: pour 80% des applications, les résultats n'ont pas été à la hauteur des attentes de leur promoteur.

Or il semble bien qu'aujourd'hui les études et les recherches sur le gouvernement et l'administration "en ligne" ne sont pas à la hauteur des enjeux. On étudie plus le e-commerce, le e-business que le e-gouvernement. Que sait-on sur l'Internet et la lutte contre l'exclusion du savoir mais aussi du processus démocratique?

Sans prétendre être exhaustif, on trouvera sans doute beaucoup plus d'information à partir de sites comme www.ispo.cec.be de l'union européenne; nous proposons dans ce chapitre d'apporter quelques éléments de réflexions. Après avoir présenté des programmes de recherche puis souligné la multiplication des congrès sur ce sujet, nous développons les résultats d'une recherche particulière, celle qui est effectuée les "Reinventions Laboratories" des Etats-Unis.

Trois exemples de programmes de recherche

1. Le projet de recherche financé par la NSF aux USA

A. L'appel à projet de la NSF pour le "Digital Government" (DG)

La NSF est à l'origine du séminaire en le finançant par son programme "Digital Government". L'élaboration de ce programme a profité lui-même des résultats d'un premier séminaire: "Vers le gouvernement numérique du 21e siècle).

On trouve dans la présentation du programme DG une rubrique "CONTEXT" qui donne la liste des documents-clés déjà publiés sur le web.

CONTEXT The context of Digital Government research can be obtained from the following reports [Web references for other related reports can be found at http://nii.nist.gov/pubs/pubs.html]
  • "Toward a Digital Government in the 21st Century", supported by the National Science Foundation, the Federal Information Services and Applications Council of the National Science and Technology Council, and the National Center for Research Resources of the National Institutes of Health (www.isi.edu/nsf/)
  • Access America, a report from the President's Government Information Technology Services Board (www.gits.fed.gov)
  • Topical reports from the Computer Science and Telecommunications Board of the National Academy of Sciences (www2.nas.edu/cstbweb/)
  • The Strategic Plan of the Federal Chief Information Officers Council (www.cio.fed.gov/)
  • Report of the Presidential Commission on Critical Infrastructure Protection (www.pccip.gov)
  • Report of the Presidential working group - "A Framework for Global Electronic Commerce" (www.iitf.nist.gov/electronic_commerce.htm)
  • Enhancing Learning and Education Through Technology - A Presidential Memorandum for the Heads of Executive Departments and Agencies - (www.pub.whitehouse.gov/WH/Publications/html/Publications.html)
Cette rubrique est complétée par une liste de contacts dont certains sont les chargés de mission à la NSF mais beaucoup venant d'autres institutions. Par "un clic de mulot" on peut écrire directement aux personnes compétentes. La liste de contacts est un point de dépat pour commencer ou agrandir son réseau.
AGENCY
CONTACTS
The following individuals will act in an ombudsman capacity, and may be contacted for information and identification of potential agency participants. The listing of an agency or individual below does not necessarily imply an agreement to participate as a partner in any proposals.

DOMAINNAME (EMAIL)PHONE
Cross-Agency Domain Contacts
Next Generation Internet Applications William Turnbull - Nat. Oceanic & Atmos. Administration 301-713-3573
Federal Statistical Infrastructure Cathryn Dippo - Bureau of Labor Statistics 202-606-7372
Crisis Management Anngienetta Johnson - NASA 202-358-4717
Universal Access Gary Strong - NSF 703-306-1928
Public Health MaryJo Deering - Office of Disease Prevention & Hlth Promotion 202-260-2652
Geographic Information Systems Alan Gaines - NSF 703-306-1553
Security & Privacy Dennis Steinauer - NIST
Social Sciences William Bainbridge - NSF 703-306-1756
Cross-Agency Network Infrastructure Keith Thurston - GSA 202-501-3175
Others Lawrence E. Brandt - NSF 703-306-1963
Additional Agency Contacts
Dept. of Housing & Urban Devel Gretchen Van Hyning 202-708-0614
Defense Tech. Information Cntr Carlynn Thompson 703-767-0175
Dept. of Agriculture Stan Daberkow 202-219-0461
Agency for Health Care Policy & Rsrch Luis Kun 301-594-1483
Dept. of Interior Mike Laughon 202-208-5413
Dept. of Education Keith Stubbs 202-219-1803
Nat. Inst. of Standards & Tech Judi Moline 301-975-4601
US Patent & Trademark Office Lawrence Cogut 703-305-8685
Nat. Institutes of Health Richard DuBois 301-435-0758
Dept. of Energy Pete Salatti
Nat. Archives & Records Admin Lewis Bellardo 301-713-6410
Environmental Protection Agency Joan Novak 919-541-4545

B. Le séminaire "Un travail d'assemblage nécessaire pour bâtir une administration numérique pour le 21e siècle"

C'est le titre d'un séminaire organisé en octobre 1998 par le Centre de Technologie dans l'administration (CTG, "Center for Technology in Government". Ce séminaire a été financé par une subvention de la NSF (National Science Foundation, l'organisme de financement de la recherche civile) dans le cadre du programme "Digital Government".

Ce séminaire est remarquable aussi bien pour sa préparation que pour ses conclusions. Il a fait l'objet au préalble d'un appel à communication écrite afin de rassembler dix-huit documents pour aider à la réflexion. Ces documents ont été publiés sur le web. Parallèlement une enquête était faite pour sélectionner des applications informatiques primées (award-winning) pour leur originalité: six d'entre elles ont été retenues pour les trois niveaux de l'administration (fédéral, Etat, local) parmi plusieurs douzaines de candidats. Les 67 participants invités au séminaire représentaient les différents groupes impliqués dans ce domaine: fonctionnaires, chercheurs, représentants du secteur privé et des ONG.

Les conclusions du séminaire soulignent d'abord que les systèmes d'information de l'administration sont sans doute les plus délicats à mettre en œuvre en raison de la complexité résultant de la variété des informations à gérer, des questions de confidentialité et de sauvegarde, de la frontière de plus en plus floue entre le public et le privé, des attentes très variables du public… La combinaison de facteurs techniques, organisationnels, politiques, économiques et humains font que les succès ne sont pas toujours au rendez-vous, loin de là.

Ce terrain difficile et complexe n'a pas bénéficié d'une attention suffisante de la recherche pour différentes raisons. Les recherches sont centrées sur des disciplines alors qu'il s'agit ici d'études combinant les différentes disciplines. Les administrations sont allergiques au risque alors que la recherche au contraire se développe par la prise de risque. Elles ont besoin de réponses rapides alors que le chercheur travaille sur le long terme. Enfin la recherche sur les systèmes d'information de l'administration ne peut se faire sans pratique, et nécessite donc des aller et retour entre la recherche et la pratique administrative.

Huit grands domaines de recherche sont proposés:

  1. Interopérabilité de systèmes sécurisés: les systèmes hétérogènes doivent pouvoir communiquer en toute sécurité
  2. Participation du citoyen dans le processus démocratique: étude du vote électronique, accès à l'information publique
  3. Services en ligne: nécessité de trouver des méthodes d'authentification, de sécurité, de mesure des coûts bénéfices
  4. Nouveaux modèles de partenariats publics et privés et autres formes d'organisation en réseau
  5. Systèmes intuitifs d'aide à la décision pour les élus
  6. Gestion et archivage des documents
  7. Meilleures méthodes d'organisation du développement et de la maintenance des systèmes d'information
  8. Comment faire correspondre les ressources de la recherche aux besoins de l'administration

Ce rapport de 37 pages est à lire. Il sort d'un discours trop souvent entendu: il suffit de passer des réseaux locaux propriétaires à l'Intranet et de mettre les procédures en ligne!. Il y a de nombreuses questions en suspens tant au niveau technique qu'aux niveaux organisationnel et politique. Alors que près de la moitié de la valeur ajoutée générée dans le pays transite par l'administration et que le passage à la société de l'information représente un des enjeux majeurs pour son efficacité, sa transparence, sa "convivialité", un manque de réflexion et de recherche seraient une source de gaspillage, de déception.

C. Le compte rendu du séminaire sur l'Internet

Il faut ici encore souligner l'utilisation qui est faite de l'Internet. On aurait pu en effet se contenter de publier les actes du colloque en différents formats html, pdf, word. On retrouve le même souci: faire du séminaire un outil de travail dépassant le cadre d'un simple résumé.

Dans la page d'entrée du séminaire, on retrouve:

D. Une bibliographie sélective

On trouve dans le document final de la fin du séminaire une bibliographie sélective. Nous reproduisons ici la liste des documents disponibles sur l'Internet.

Rapport du conseil auprès du président Clinton sur les technologies: la recherche sur les technologies de l'information: investir pour le futur
Rapport de la cour des Comptes (1999, GAO): les défis d'organisation et les risques des programmes: une perspective pour l'ensemble de l'administration
Rapport GAO (1997): gérer la technologie: les meilleures pratiques peuvent améliorer la performance et produire des résultats
Rapport GAO (1997): mesurer la performance: les défis dans l'évaluation de la recherche développement
Rapport GAO (1997): mesurer la performance (force et limitations des indicateurs de recherche)

2. Un projet de recherche collaborative lancé par le secteur privé

Le secteur privé lance une recherche sur la démocratie et les services publics dans la société de l'Information.

L'Alliance pour les technologies convergentes (Alliance for Converging Technologies) forte de plusieurs années d'études sur l'impact des TIC dans le fonctionnement des entreprises, vient de proposer un projet de recherche "collaboratif" sur la gouvernance dans l'économie numérique "Governance in the Digital Economy".

Son directeur Don Pascott est une des personnalités très connues en Amérique du nord. Il a publié dès le début des années 1990 des ouvrages à succès dont "The Digital Economy: Promise and Peril in the Age of Networked Intelligence (Mc Graw Hill New York, 1996). Il y décrit un modèle de passage à une société en réseau en cinq étapes:

Les travaux récents de l'Alliance ont porté sur le modèle des EBCs (e-business communities), les communautés virtuelles d'entreprises. Aujourd'hui l'Alliance se propose d'étendre son savoir-faire aux gouvernements et aux administrations. Deux axes d'études sont envisagés: le citoyen-client, et le citoyen-actionnaire dans l'administration. Le premier portera sur les services de l'administration, leur plus grande accessibilité avec des coûts réduits à partir de processus administratifs rénovés. Le second étudiera le nature des institutions démocratiques, le rôle du secteur privé, les nouveaux besoins de gouvernance dans une économie globale en réseau.

L'Alliance offre de devenir en quelque sorte actionnaire de ce projet de recherche. L'actionnaire disposera du rapport final présenté lors d' une conférence internationale de deux jours et sera aussi associé à toute l'étude. L'Alliance offre ainsi de participer à une recherche collaborative sur fonds principalement privés sur la gouvernance dans l'économie numérique.

Le programme et le schéma de recherche collaborative est explicité: il détaille les axes de recherche et les services obtenus en devenant actionnaire du programme de recherche (un budget de l'ordre de 3 millions d'euros).

Sur ce projet on pourra aussi lire l'article publié dans Government Executive qui donne des précisions supplémentaires.

L'école d'administration de Harvard (JFK) est associée au projet. Le financement de cette recherche est principalement d'origine privée (IBM, HP, EDS). On note deux subventions publiques du Canada et des Pays-Bas. Le projet se propose d'étudier le cas de 15 pays et de 10 états américains et agences fédérales.

3. Le projet de l'académie finlandaise

Nous avons choisi de nous intéresser à la Finlande en raison de son haut niveau d'utilisation de l'Internet et de son ouverture à des collaborations internationales. Dans la version finale de ce rapport nous rajouterons des résumés sur les programmes de recherche des autres pays de l'Europe du Nord.

La Finlande a lancé à la fin de 1996 un programme de recherche sur cinq ans "Information Research Programme". La première phase de ce programme se termine à la fin de 1999. D'un budget de 50 millions de FIM, il a financé 24 projets de recherches étendues

L'appel d'offre pour la deuxième période 2000-2001 d'un budget de 15 millions de FIM est en cours. Il se concentre sur les impacts et les changements causés dans la société par le développement de la société de l'information ainsi que sur les intéractions homme-machine. La coordination scientifique du programme est assurée par Eero Pantzar de l'Université de Tampere qui s'appuie sur le centre de recherche sur la société de l'Information de cette université.

Parmi les domaines de recherche envisagés on retrouve ceux abordés par la NSF et l'Alliance: rôle et interaction de l'Etat, la société civile et les marchés dans la société de l'information ainsi que le changement des conditions de participation à la prise de décision démocratique.