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La Finlande en route
vers la société de l’information
En Finlande, la densité d’utilisateurs de l’Internet est la plus élevée du monde. Ce pays a été l’un des premiers à étudier la stratégie à adopter pour progresser vers la société de l’information, au coude-à-coude avec les Etat-Unis et Singapour, et très en phase avec les premiers rapports de la commission européenne. Dès janvier 1995, la volonté d’une progression des différents ministères est affichée. Elle commence à se traduire dans les faits. Il faudra donc suivre avec attention l’évolution de la Finlande afin de profiter de l’expérience accumulée. La Finlande semble d’ailleurs très disposée aux échanges. Elle s’implique en effet dans les réflexions conduites au niveau des institutions internationales et notamment sous l’égide de la Commission Européenne et de l’OCDE. Un des premiers de la classe, il suit néanmoins avec attention la progression de ses collègues.Accueil - Introduction - Table des matièresCette avancée de la Finlande résulte d’une combinaison de facteurs. On peut souligner d’abord sa situation géographique (éloignement du centre, hiver dur et long, fraction importante de sa population répartie sur un très large territoire) et son passé mouvementé (indépendance en 1917 à l’avant-poste de la Guerre Froide). On retrouve dans ce pays l’esprit "pionnier", "nouvelle frontière" des Etats-Unis. Les nouvelles techniques y sont particulièrement vite appropriées: du téléphone au four à micro-ondes. Et ceci se vérifie aujourd’hui pour la communication avec les mobiles (un habitant sur 4) et l’Internet. Un sondage conduit par l’Union européenne par rapport à ces stratégies a mesuré que la Finlande est le pays membre le moins effrayé par le concept de société de l’information.
D’autres facteurs peuvent être cités sans pouvoir dire s’ils sont une cause ou plutôt une conséquence. La Finlande est championne pour la densité de son réseau de bibliothèques et leur utilisation (20 emprunts en moyenne par lecteur), le quatrième pays au monde pour la lecture de journaux ; ses habitants sont de grands consommateurs de cours du soir de toutes sortes, et des maîtres de la lecture de sous-titrage (les films sont sous titrés –et non doublés– et dans les deux langues officielles (finlandais, suédois).
A ces données mesurables, on peut ajouter aussi comme facteurs d’explication des structures hiérarchiques très aplaties au sein des entreprises et des administrations, une certaine méfiance –ou froideur– dans la communication directe (de personne à personne), d’où ce goût de l’expression indirecte (téléphone ...voire aussi théâtre, musique). Enfin la Finlande a bénéficié plus tôt que de nombreux pays, d’une concurrence dans le secteur du téléphone et donc de tarifs plus faibles que ceux résultant de monopole.
I. Un projet de société
Depuis 1994, la Finlande développe un projet de société dont la progression des usages de l’Internet n’est qu’un vecteur. La publication (1997) par l’organisme de statistiques sous forme d’un livre intitulé "Sur la route de la société de l’information finlandaise", véritable recueil de statistiques sur le sujet, en en est une des illustrations. On est en train de changer de monde.Après la société agricole, la société industrielle et la société de services, on entre dans la société de l’information. Il importe donc de bien mesurer par un ensemble d’indicateurs cette évolution vers ce nouveau monde. Ce livre pourrait servir d’inspiration au service de l’INSEE.
Pour contribuer à la marche vers la société de l’information l’ensemble des ministères sont appelés à se mobiliser. Il est demandé à chaque Ministère d’avoir ses actions propres (voir tableau ci-après) et on met en place un comité national pour la société de l’information . Celui-ci, constitué par le gouvernement en mai 1996, est présidé par le ministre de l’ad-ministration assisté du ministre de l’éducation. Le Ministère des finances est chargé du secrétariat et de la coordination des différents projets. Le comité s’appuie sur le National Information Society Forum constitué de 51 experts répartis en trois groupes de travail:
- Les aspects fondamentaux de la société de l’information
- L’économie en réseau et la structure du travail
- Démocratie, la vie quotidienne
Les actions entreprises par chaque ministère Finances Carte à puce du citoyen Finnish Electronic Citizen Card. Pilote automne 97, grandeur réelle début 99 Transport et télécommunications Plan de développement du réseau pour la période 1995-98 Education et Culture · Plan pour l’éducation et la recherche 1995-99
· Plan pour la culture 1996-2000Santé et affaires sociales Stratégie pour rendre «transparente» la chaîne des services de santé et responsabiliser les municipalités Académie de Finlande Programme de recherche en information Commerce et Industrie Tekes multimedia programme II. Les actions du Ministère de l’éducation et de la culture
La stratégie du Ministère de l’éducation et de la culture a été définie en deux temps. Un premier document a été publié le 31 janvier 1995 pour couvrir la période 1995-99: "Education, Training and Research" in the Information Society. Ce document contient 85 propositions d’actions portant sur les thèmes suivants:
- Changement du contenu et de la forme de l’éducation
- Des compétences pour tous dans la société de l’information
- Recherches sur les technologies de l’information et des réseaux
- Recherche sur la société de l’information (voir sur ce sujet les travaux du laboratoire de l’université de Tempere -Dr Antti Kasuio)
- Développement des produits et des services
- Développement des réseaux
- Environnement: standardisation, législation, taxation, tarif
Ce rapport attribue un grand rôle aux bibliothèques qui doivent fournir des accès à l’Internet à ceux qui n’en disposent pas à la maison.
Une première évaluation et mise à jour de ce programme a été faite à l’automne 1997 (le document disponible à notre ambassade n’a pas fait à notre connaissance l’objet d’une traduction dans sa version intégrale). Si l’équipement des écoles et la connexion au réseau ont bien progressé, leur utilisation dans l’accompagnement de l’enseignement n’atteint pas les niveaux souhaités. Les ordinateurs sont trop mobilisés pour les cours d’informatique et pas assez pour enrichir les enseignements des autres disciplines. On souligne la sous-évaluation des besoins de formation des enseignants jugés encore trop "conservateurs". L’enjeu de la prochaine phase se situera bien au niveau pédagogique.
Le rapport de 95 sur l’éducation et la recherche a été complété d’un rapport en 96 sur la culture "Towards a culture-oriented society" couvrant la période 96-2000 et proposant 60 mesures.
Observant que la partie éducation-recherche avançait plus rapidement que celle portant sur la culture, un conseil commun éducation-recherche et culture est mis en place en 97. Il est chargé de suivre l’avancement de l’ensemble des projets du Ministère pour la société de l’information.
III. L’information sur les webs de l’administration
L’attrait des contenus étrangers, encore plus fort en Finlande, la taille de la population (et donc un nombre plus réduit de fonctionnaires), une progression de l’Internet conduite par le secteur privé expliquent sans doute le niveau des webs de l’administration. La Finlande, en tête pour la densité d’internautes, n’occupe pas une place comparable dans la catégorie web de l’administration. On note d’ailleurs qu’un sondage récent montre que leurs sites locaux ne passionnent pas outre mesure les Finlandais: 44% des personnes sondées disent qu’elles ne vont pas régulièrement sur un site finlandais.Le point d’entrée de la toile gouvernementale est www.vn.fi, vn étant l’abréviation utilisée pour désigner le gouvernement (le Conseil d’Etat). Il semble cependant que cette abréviation ne soit guère connue du grand public. Ce site permet d’accéder à l’ensemble des sites des ministères. On note la très grande sobriété et la page d’accueil, et la difficulté d’accéder à des sites de l’administration situés à la frange des grands ministères. Par exemple pour retrouver l’office national de statistiques nous avons dû localiser dans un coin à gauche l’accès aux moteurs de recherche généraux "altavista" et "excite" qui obligent à spécifier dans la requête que l’on recherche bien un site en Finlande.
Un autre point d’entrée est proposée par le Ministère des Affaires Etrangères: virtual.finland.fi. Il donne accès aux sites de l’administration, mais aussi aux résumés des dernières nouvelles dans différentes langues.
Il n’y a donc pas en Finlande une politique volontariste de l’Etat (à la différence de Singapour, du Canada, ou des Etats-Unis…) pour développer le web des administrations. La politique semble plus de laisser faire le privé. On peut l’illustrer par une anecdote. Durant notre visite, afin de montrer les informations pratiques sur les différentes démarches et prestations de la sécurité sociale, notre interlocuteur du ministère des affaires sociales s’est connecté sur le site du premier opérateur finlandais www.inet.fi qui sous la photo de la rue principale donne un accès aux différentes rubriques d’intérêt. Ce même interlocuteur nous explique alors qu’il a dirigé le groupe de réflexion sur ces pages pratiques: celles-ci ont ensuite été réalisées sur le site du premier opérateur de téléphone. Cette souplesse et cette absence de complexe dans le travail avec l’entreprise privée (qui se rémunère par la publicité) est à noter. Un autre exemple est le serveur www.webinfo.fi qui a catalogué plus de 4000 sites d’entreprises.
La Finlande est encore au niveau de bien d’autres pays dans ses réflexions sur la question de la facturation des sites publics. Cette question est certes de plus en plus évoquée (pourquoi faire payer le contribuable deux fois et facturer les informations et études de l’administration?), mais elle n’a pas donné lieu à des réponses précises. La baisse des ressources, conséquence de la crise économique, la poussée des thèses libérales pourraient être l’occasion de solution hybride: gratuité de la loi et des études produites par certains organismes publics, facturation de l’information "travaillée" par d’autres. La Finlande n’a pas encore défini de stratégie pour la facturation des informations produites par le service public. On pourrait sans doute résumer la politique de l’Etat ainsi: une information gratuite via les bibliothèques, mais pas de complexe dans la vente de rapports de l’administration.
IV. La stratégie de l’administration vis-à-vis de l’Internet
Le Ministère des transports et des communications en charge de la définition de cette stratégie publie en 1997 le rapport "Worlwide Way to Wisdom, Developing information networks in Finland" Dans le chapitre "Enhanced speed and flexibility in administration", l’importance d’échanges par courrier électronique est souligné. Ils sont aussi importants les échanges imprimés.Pour les échanges avec l’administration les questions de sécurité sont encore un obstacle. Pour y remédier la Finlande entend privilégier les cartes à puce. En septembre 96, le Ministère des finances fait une proposition: "National data security infrastructure for electronic identification". Ce rapport recommande que l’identification soit faite à partir carte à puce et un système de clé publique. Ce système devrait être mis progressivement en place à partir de 98.
V. Deux «success stories»
A. Le guide du citoyen
Depuis plusieurs années se vend en librairie un livre rassemblant pour les différentes tranches d'âge les différentes aides et formalités administratives. Ce livre a acquis un succès certain (30.000 exemplaires vendus), et donné lieu à une version sur disquette et une autre sur CD-ROM. En quelques semaines, il était installé sur Internet pour une somme modique (50.000F). Mais c'est surtout toute la dynamique qui se développe qui mérite l'attention. Ce sont maintenant une cinquantaine de correspondants (voire plus encore!) qui ont rejoint le groupe initial des pilotes du projet.B. La migration vers l'internet des banques de données du Parlement
Nous avons assité à une démonstration étonnante, au début de notre étude sur la Finlande, sur le site du Parlement dont une partie était encore en test: accédant à la liste des membres du parlement, on pouvait alors, en sélectionnant une année, voir les positions prises par les parlementaires dans différents débats, voir les suites données au débat, la loi votée etc: une très bonne illustration de ce que permet l'interrogation des banques de données traditionnelles à partir des interfaces standards de l'Internet.VI. Conclusion
La taille du pays, son avance dans l’usage de l’Internet, son ouverture aux partages d’expérience avec l’extérieur, font sans doute de la Finlande un pays à suivre avec attention. Alors que les progrès des Etats-Unis sont largement observés, on oublie plus souvent ce petit pays sans doute aussi ouvert au partage d’information et plus disposé à la conduite de projets communs. On peut donner ici quelques suggestions. Il y aurait sans doute intérêt à comparer les résultats de notre carte à puce santé et ceux de la carte à puce du citoyen en Finlande. L’utilisation de nouvelles technologies pour la formation aux langues étrangères pourrait aussi profiter à nos réflexions sur ce thème. L’étudiant finlandais appelé à parler quatre langues sera sans doute un des premiers dans le monde à se saisir de ces nouveaux outils pour l’accompagner dans son apprentissage des langues. Enfin, de désir plusieurs fois souligné par nos contacts de faire des mairies les interlocuteurs uniques pour toutes les prestations accessibles au citoyens, est aussi un sujet susceptible de nous intéresser.
Rappel de quelques sites Internet Point d'entrée sur le site de l'administration www.vn.fi Ministère des affaires étrangères virtual.finland.fi 4000 sites d’entreprises recensés www.webinfo.fi Site du premier opérateur finlandais www.inet.fi Vers la société de l'information www.vn.fi/vn/vm/tyk/english.htm www.tieke.fi/tieke/tikas/indexeng.htm Stratégie en deux temps du ministère de l'Education, des Sciences et de la Culture 1995-. Education/Recherche www.minedu.fi/infostrategy.html 1996-. Culture www.minedu.fi/eopm/esisus.html Université de Tampere (InSoRC): www.info.uta.fi/informaatio/home.html