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Le Canada, pays voisin du concepteur et promoteur de l'Internet, ne pouvait pas avoir une attitude attentiste vis à vis de ce nouveau support de communication. Le gouvernement canadien s'en préoccupe dès 1994. Il n'inclut cependant pas de grand projet de rénovation de l'administration comme le NPR américain, mélangeant réduction du personnel, amélioration de l'efficacité et simplification des procédures. On retrouve cependant bien les objectifs de rapprocher l'Etat du citoyen, de transparence, de rapidité dans un contexte budgétaire qui n'est pas à l'expansion. Les réflexions et les évaluations sont conduites au plan fédéral par un comité consultatif extérieur. Il se dit dans son dernier rapport (septembre 1997) très satisfait des progrès accomplis: 80% des 300 mesures qu'il avait proposées en 1995 ont été suivies d'effet . L'Internet, de toute évidence, progresse au sein des administrations: gouvernement fédéral, provinces, municipalités accompagnées par les écoles et les universités s'investissent comme en témoigne la liste des organismes fédéraux présents sur l'Internet et le site intergouvernemental d'information en ligne.Dans ce chapitre, nous présenterons les plans stratégiques aux niveaux de l'Etat fédéral et de la province du Québec. Une troisième partie sera consacrée à la visite de trois sites remarquables: le site d'information du Canada proposé par l'administration, le site intergouvernemental de l'administration en ligne et le site d'information pour les entreprises du ministère de l'industrie.
1. Les études stratégiques du gouvernement fédéral
La démarche suivie est intéressante. Elle est le fait du gouvernement qui produit un plan, mais celui-ci s'appuie sur un comité consultatif externe qui intervient en amont (un premier rapport avec trois cents recommandations), et en aval par un deuxième rapport du type évaluation. A cet ensemble s'ajoute un document "blueprint" du secrétariat du conseil du Trésor, propre aux autoroutes de l'administration. Au niveau fédéral les réflexions d'ensemble sont conduites au Ministère de l'Industrie; la partie administration relève du Trésor et des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada (services gourvernementaux de télécommunications et d'informatique).1.1 Un cadre de réflexion: "Blueprint for Renewing Government Services Using Information Technology"
Ce premier document a été rédigé sous la direction du bureau du Trésor. Il a été proposé comme base de réflexion, et vraisemblablement abandonné vers juillet 1996. Il indique les premiers résultats attendus de l'utilisation des nouvelles technologies dans l'administration. Il s'agit bien dans un environnement de réduction des budgets de continuer à offrir des services et les améliorer. On retrouve le vocabulaire utilisé aux Etats-Unis: le client d'abord, simplification grâce au réseau, réduction des duplications, amélioration des services avec des coûts plus bas. Il faut apporter une réponse au citoyen qui se demande: "Pourquoi suis-je obligé de téléphoner à tant de lieux différents? Pourquoi dois-je attendre aussi longtemps? Ne peuvent-ils pas résoudre mon problème immédiatement et à l'endroit où je me trouve?"On se retrouve bien dans le schéma de "re-engineering". L'Administration doit se ré-inventer comme les entreprises du secteur privé sont appelés à le faire. Dans ce processus, les employés auront un rôle primordial. Ils sont la clé du changement.
Le "Blueprint" présente une approche très structurée "dynamique, intégrée pour réaliser le renouvellement des services au cours des cinq prochaines années (!)". Il commence par une "vision", un rêve: des services de l'administration abordables, accessibles et réactifs: services directs aux clients avec un guichet unique, un service transparent et sans cloisonnement, un service à valeur ajoutée, la formation en continue des employés, des outils interconnectés et standardisés, des solutions et des informations partagées, un environnement sans papier.
Ces objectifs devraient être atteints en intervenant selon cinq axes:
- la gestion
: se centrer sur le client, partager des solutions pour des fonctions communes, rechercher des partenariats innovants, exploiter les technologies de l'information et faciliter le suivi;- le travail
: automatiser en continu, en supprimant les barrières, en s'affranchissant des contraintes de temps, de géographie et de bureaucratie;- l'information
: rendre cette information accessible en toute sécurité;- les applications
: les relier, leur donner une même interface avec l’utilisateur;- la technologie
: ouverte, flexible.Le "blueprint" se réclame des résultats déjà acquis. Une liste de projets de rénovations est donnée dans un tableau dont on a arrêté la mise à jour en juillet 96. Que s'est-il passé depuis? L'approche a-t-elle été intégrée par le comité consultatif sur l'autouroute de l'information (CCAI)?
1.2. Le plan d'action gouvernementale "La société canadienne à l'ère de l'Information: Pour entrer de plain-pied dans le 21e siècle"
Ce plan a été publié en mai 1996. On le retrouve à partir d'un document Html qui propose la version intégrale dans la version Adobe Acrobat (fichier PDF) ainsi qu'une version résumée. Le plan d'action commence par une description très positive de l'impact de l'autoroute de l'information (les promesses). Quatre principes directeurs sont proposés: réseaux interconnectés et interfonctionnels, collaboration entre secteur public et privé, concurrence dans l'infrastructure et les services, apprentissage continu.Il regroupe les propositions sous quatre titres:
- aménager l'autoroute canadienne de l'information
: il s'agit de créer l'environnement notamment réglementaire propice à la concurrence, à l'innovation et à l'investissement de l'industrie canadienne. Treize actions sont envisagées pour promouvoir la concurrence, encourager l'offre de nouveaux services, simuler la recherche et s'assurer que les réseaux peuvent communiquer entre eux.- enrichir le contenu canadien
: nourrir le dialogue culturel et stimuler la création d'emplois de créateurs de contenus. Onze actions sont proposées pour définir une stratégie, développer l'industrie des contenus, numériser le contenu canadien, protéger les droits d'auteur, développer l’expression artistique.- s'assurer que les Canadiens puissent en tirer parti
. Vingt-neuf actions sont regroupées sous les titres: avantages économiques, avantages sociaux, facteurs de réussite. Parmi ces derniers, on retrouve le programme d'accès communautaire (ci-dessous) et l'accès pour les personnes handicapées.- offrir des services publics abordables et faciles d'accès et confier à l'Etat un rôle d'utilisateur modèle
. Seize mesures sont proposées sur les thèmes: accès rapide et facile, commerce électronique au sein de l'administration, efficacité accrue et infrastructure électronique commune.1.3 Le comité consultatif sur l'autoroute de l'information (CCAI)
Dès le printemps 1994, le gouvernement canadien décide de donner un rôle important à un comité externe dans la définition de la stratégie et le suivi des actions: il s’agit du Comité consultatif sur l'autoroute de l'information (CCAI ou IHAC en anglais pour Information Highway Advisory Council). Nommé par le Ministre de l'Industrie il a eu la chance de travailler sur la durée. En effet à la suite d'une première phase (avril 94- septembre 95) terminée par la remise d'un rapport contenant 300 recommandations à destination du gouvernement, il a été reconduit pour une deuxième phase (96-97) qui a trouvé son terme avec la remise d'un rapport "Préparer le Canada au monde numérique".Le comité est composé de 29 membres provenant des différents secteurs d'activité: télécommunications, radiodiffusion et technologies de l'information, milieux des arts, de la création et de l'éducation, ainsi que syndicats et organismes de protection des consommateurs. La lecture des notes bibliographiques atteste de la diversité des intelligences et des cultures rassemblées par le comité présidé par David Johnston, Professeur à l'Université de McGill.
La mention du concept d’autoroute de l'information dans l'attribut du comité mérite une remarque. Il pourrait suggérer que le comité se concentre sur "les tuyaux" de préférence aux contenus et aux usages. En réalité il n'en est rien. L'utilisation du terme autoroute est un relicat historique. Al Gore, vice-président des Etats-Unis, lançait en 1993 un projet intitulé "National Information Infrastructure". Cet insistance sur l'infrastructure résultait sans doute d'une combinaison de deux facteurs. A l'époque on s'inquiétait beaucoup des débits et de la capacité de l'Internet à subir le choc d'une croissance explosive. Le deuxième facteur a joué sans doute un rôle plus anécdotique: son grand-père avait été pionnier dans la promotion du programme d'autoroute. Les préoccupations du comité sont bien les contenus et les usages, comme l'atteste l'intitulé du premier chapitre "Vers une société du savoir" du rapport "Préparer le Canada au monde numérique": .
1.4. Le rapport final (?) du comité: Préparer le Canada au monde numérique
Ce rapport évalue les progrès réalisés en trois ans par le Canada dans sa progression vers la société de l'information. Il ajoute des conseils pour faire avancer le programme d'actions gouvernementales sur les questions et problèmes non encore réglés. Il comprend neuf chapitres et trois annexes:
Préface
- Vers une société du savoir
- L'aménagement de l'infrastructure de l'information du Canada
- Internet: faire progresser l'autoroute de l'information
- L'accès: pierre angulaire de la société de l'information
- Le contenu canadien: création d'une autoroute de l'information pour les Canadiens
- L'autoroute de l'information: pour l'emploi et la croissance
- Les gens et la société de l'information: apprentissage continu et milieu de travail
- Le gouvernement: utilisateur modèle
- Conclusion: la voie de l'avenir
Annexes
- Ouvrages de référence
- Indicateurs clés pour permettre l'analyse comparative de l'aménagement de l'autoroute canadienne de l'information
- La progression du Canada vers la société du savoir
On notera l'annexe C qui propose une série d'indicateurs pour situer le Canada par rapport aux autres pays. Le Canada, comme la Finlande, investit dans la production de statistiques sur la société de l'information.
Le chapitre 8 (7 pages) traite de l'Internet et de l'administration. Son titre souligne son ambition: l'Etat doit être un utilisateur modèle rappelant en cela les conclusions de la phase 1 (sept 1995): "le gouvernement doit devenir un utilisateur modèle des technologies de l'information et encourager ainsi l'expansion et l'utilisation novatrice de l'autoroute de l'information dans tous les secteurs de la société et de l'économie".
Il semble bien que les premiers résultats soient à la hauteur de cette ambition. Plusieurs exemples sont donnés et notamment:
- 95 millions de paiement par voie électronqiue, la moitié des versements faits par le Receveur général du Canada;
- 10 millions de particuliers et d'entreprises ont transmis leur déclaration de revenus par voie électronique DEPUIS 1993;
- 300 courtiers ont traité huit millions de demande de dédouanement;
- ressources naturelles : le Canada a mis sur pied un système électronique d'achat qui réduit les frais de transaction de 40%;
- Strategis, le site d'information pour les entreprises (voir ci-dessous) propose 20.000 documents électroniques stratégiques;
- développement des ressources humaines : le Canada dispose de 6.000 points de service électronique à l'intention des personnes cherchant des emplois...
Des progrès ont été enregistrés au niveau du commerce électronique qui sera dès cette année l'outil privilégié par l'Etat pour conduire ses affaires. On peut se souvenir que d'autres pays ont fait cette annonce, et observé, par la suite, que la progression était plus lente que prévue. Les modifications de législation sont à l'étude, une infrastructure à clé publique est en cours de déploiement.
On progresse aussi vers les guichets uniques (voir les sites ci-dessous) et la dualité linguistique dans le cyberespace.
Au point de vue de l'accès à l'information, le Canada a lancé un Programme d'accès communautaire. 30 millions de dollars ont été alloués dans le budget 1997 pour installer, grâce à l'aide des communautés locales et du privé, des accès à l'Internet dans 5000 collectivités locales d'ici les années 2000-2001. Le site du programme d'accès mérite d'être parcouru; il propose toute une mèthodologie de développement de ces points d'accès qui posent des questions débordant largement la simple installation d'un micro branché à l'Internet. La province du Nouveau-Brunswick joue un rôle pilote dans ce projet.
Le comité souligne à ce niveau une évidence: à moins que le taux d'utilisation ne monte en flèche et que des sites soient installés partout, il faudra continuer à fournir l'information sur papier, répondre au téléphone et utiliser le courrier postal. L'investissement de l'Etat dans les réseaux ne s'accompagne pas initialement d'économie de coût de diffusion de l'information: il faudra à la fois maintenir les mèthodes traditionnelles et aider les sites d'accès qui n'arriveront pas à s'autofinancer.
Le rapport consacre deux pages au fonctionnement interne de l'administration. Il se félicite de la création d'un poste d'agent principal de l'Information rattaché à la direction du trésor et du rôle de coordination joué par cette direction. Il souligne le rôle entraînant qui va être interprété par les marchés publics ainsi que les progès réalisés sur la coordination inter-administrations.
Les progrès accomplis sont jugés impressionnants, mais le comité demande de presser l'allure pour que l'Etat accoùplisse pleinement son rôle d'utilisateur modèle. Il s'agit de développer encore plus le programme d'accès communautaire, une des clés de la progression vers l'administration en ligne.
2. L'étude stratégique du Québec
Chacune des dix provinces ou territoires du Canada a son projet "autoroute de l'information" et commence à offrir des informations et des procédures en ligne. Pour les consulter il suffit d'aller sur le site intergouvernemental, appeler la pages des provinces puis choisir l'une d'entre elles. On accède alors aux informations sur les organismes responsables, les documents disponibles et les services en ligne déclarés. Le Québec n'est peut-être pas la province la plus avancée dans ce domaine. On n’y recense que 18 services en ligne contre 55 en Colombie Britannique. Soucieux de la défense de sa culture, le Quebec présente cependant un intérêt particulier.La stratégie des autoroutes de l'information a été pendant plusieurs années la responsabilité d'un secrétariat spécifique, le "Secrétariat de l'Autoroute de l'Information". Il vient de disparaître, mais laisse des documents intéressants (fichier indisponible au 28 mai 1998). Les réflexions sur les autoroutes sont directement placées sous la responsabilité du Ministère de la Culture et Communications en ce qui concerne la politique d'ensemble, alors que le Conseil du Trésor est plus particulièrement chargé de la promotion de l'autoroute gouvernementale.
Le plan d'ensemble du Québec sur les autoroutes de l'information a été rendu public à la fin du mois d’avril 1998: "Politique québécoise de l'autoroute de l'information: Agir Autrement". Il a été publié par le Ministère Culture et Communications. Il est accompagné d'un document plus détaillé sur la partie administration: " L’inforoute gouvernementale. Pour mieux servir les citoyens et les entreprises ". Ce document est préfacé par le ministre délégué à l’administration et à la fonction publique, et président du conseil du Trésor. Il est bien soulginé que le secrétariat du conseil du Trésor est chargé de superviser la mise en place de l’infrastructure technologique, des services communs, du répertoire gouvernemental québécois.
Mais le Québec n’a pas attendu la publication de ses documents pour agir. Il disposait à la date de publication de 130 sites Internet gouvernementaux accessibles auxquels s’ajoutent 117 projets en cours. "On estime à 350 M$ la valeur des projets qui auront été réalisés d’ici l’an 2000" (voir les communiqués de presse et allocutions de M. Jacques Léonard). Les documents de 1998 formalisent en réalité les résultats de réflexions et d’actions menées dès Août 1995 avec la création du Secrétariat de l’autoroute de l’Information (SAI) sous l’autorité du Ministère de la Culture et Communications. Ces derniers mois ont vu un changement dans ce dispositif. Le SAI a été supprimé et ses compétences réparties entre Culture et Communications (aspects sociétaux généraux) et Trésor (autoroute gouvernementale).
Pour préparer la partie gouvernementale, deux opérations importantes de consultation des ministères et organismes (M/O) ont été réalisées. La première s’est déroulée durant l’été 1996 et a conduit à la présentation de 81 plans d’action, un pour chaque M/O. Durant la seconde consultation (mai 1997) 123 "actions structurantes" ont été fixées pour les deux prochaines années auxquelles il faut en rajouter 54 autres dont la réalisation reste probable. La liste de ces actions structurantes est donnée en annexe de "Pour mieux servir ... ". Dans ce qui suit nous nous limiterons au chapitre 5 (pp. 69-87) d' Agir Autrement". Il s'intitule: "Rapprocher l’Etat du citoyen et des entreprises".
On retrouve dans ce chapitre l’argumentaire présenté au niveau national. L’Etat doit être un utilisateur modèle et jouer à fond son effet d’entraînement du pays vers la société de l’information. Il rappelle que l’intervention de l’Etat a déjà joué dans le passé une fonction dans la modernisation de la société dans le domaine de l'éducation et de la santé, du développement hydroélectrique. Aujourd’hui, l’Etat doit être moins omniprésent, mais participer de manière plus stratégique, "s'orienter vers les besoins du citoyen en misant sur l’innovation. Le gouvernement a aussi le défi d’assurer une position concurrentielle du Québec par rapport à ses voisins".
Outre ce rôle d’entraînement, l’Etat doit utiliser les autoroutes pour ses besoins propres et devenir plus simple, plus transparent et plus accessible. Il doit donc profiter de l’occasion pour se réinventer. "Les processus d’affaires seront donc revus dans le but de simplifier la procédure, de supprimer les dédoublements et d’éliminer les dépenses inutiles". Des phrases très fortes sont écrites. Nous les reproduisons ici:
"Le renouvellement des services publics représente une tâche considérable. En effet, les infrastructures technologiques de l’Etat québécois ne sont pas facilement adaptables à l’ouverture aux réseaux. Mis en place bien avant le déploiement d’Internet, l’essentiel des systèmes d’information de l’administration publique n’a pas été conçu pour être utilisé en relation avec les usagers externes; ce sont des systèmes destinés à soutenir uniquement le travail des employés de l’Etat".
"Parce que les techniques conditionnent souvent les modes de gestion, les ministères et les organismes ont conçu des systèmes s’inscrivant dans une démarche qui leur est propre. Les missions et les activités des ministères et des organismes se sont largement développées par extension, par sédimentation, au fur et à mesure que l’Etat adoptait de nouvelles politiques ou accroissait le nombre de ses services. Toutefois, ce mode de fonctionnement en couloir a érigé des frontières administratives entre des domaines fonctionnels et des domaines informationnels. La culture "de réseau" reste donc à construire". (p 70 de Agir autrement)
Le chapitre rassemble les 123 "actions structurantes" en 15 grandes mesures. Trois mesures sont proposées dans le cadre de la simplification, d’une plus grande transparence et accessibilité de l’Etat. Il s’agit d’abord de rendre disponible gratuitement sur l’inforoute toute information "générale, considérée comme étant d’intérêt public" produite par l’Etat. Le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration est chargé de cette question.
On retrouve ici l’ambiguïté plusieurs fois mentionnée de la question de gratuité de l’information. Au souci d’informer le citoyen, on oppose les contraintes financières qui obligent à trouver dans la vente de l’information des nouvelles sources de revenus. Le rapport se contente de dire "qu’il faudra s’assurer que la tarification de l’accès à l’information ne constituera pas un frein à son utilisation par le citoyen", mais qu’en ce qui concerne l’information à valeur ajoutée "les orientations du gouvernement devront être précisées quant à sa production, à son accès et à sa tarification". Le Québec s’oriente donc vers une position plus proche de celle envisagée en Israël (par exemple) que de celle plus tranchée des Etats-Unis où le champ de l’information gratuite est le plus large.
Pour rendre l’Etat plus accessible, le Secrétariat du Trésor avec le ministère des relations avec les citoyens va mettre en place le Répertoire gouvernemental québécois donnant accès tout à la fois aux descriptions des services et réglemenents et aux coordonnées des employés de l’Etat. Les dispositions seront prises pour que citoyens et entreprises puissent communiquer directement par voie électronique avec les employés de l’Etat. On s’attachera à éviter les dédoublements liés aux échanges d’information actuellement sur papier. La question des changements d’adresse illustre bien ces dédoublements. Il existe au Québec "pas moins de 130 fichiers gouvernementaux d’adresses de citoyens dont une douzaine concerne des millions de citoyens. On peut imaginer les coûts et les tracasseries inutiles pour le citoyen quand on sait qu’il effectue quelque 900.000 changements d’adresse par an et que chacun intéresse en moyenne une dizaine d’organismes" (p11 de Pour mieux servir). Bien entendu dans cette progression vers la simplification, l’obstacle majeur viendra des problèmes de sécurité, de confidentialité et de protection des libertés individuelles.
Les mesures de soutien aux ressources humaines sont un volet important du plan. "A moyen terme, la quasi-totalité des personnes au service de la fonction publique seront touchées... Tous les employés de l’Etat doivent apprendre à travailler autrement ... Le projet de renouvellement des services publics nécessitera un effort de sensibilisation important de l’ensemble des employés et, de facon plus particulière, des décideurs au plus haut niveau des organisations". Le Secrétariat du Conseil du Trésor est chargé d’en faire l’une des priorités de développement des ressources humaines pour les prochaines années (mesure 5).
La coordination des actions des ministères et des organismes publics est un autre grand souci. Le Secrétariat du Conseil du Trésor est chargé de cette fonction en s’appuyant sur le Comité de coordination de l’inforoute gouvernementale. Sa mission consiste à rédiger un rapport annuel au gouvernement (mesure 6). Un fonds pour une période de deux ans sera constitué auprès du Secrétarait du Trésor pour inciter le développement de partenariats organisationnels dans la prestation de services publics (mesure 9).
Le partenariat avec les entreprises privées fait l’objet de deux mesures. Il s’agit de rationaliser et de rendre transparente la sélection des partenaires qui seront associés à l’Etat dans des projets d’envergure (mesure 7). Les marchés publics seront utilisés comme levier pour promouvoir l’introduction d’innovations et des vitrines de démonstration (mesure 8).
Le projet québécois des autoroutes gouvernementales met enfin l’accent sur un secteur particulier: l’amélioration des services de santé et des services sociaux. Plusieurs mesures leur sont consacrées:
- mise en place d’un intranet pour le secteur sociosanitaire;
- diffusion par le réseau d’informations pour accroître l’autonomie des citoyens dans la prévention des maladies;
- définition d’une politique de déploiement des services de télémédecine, télédiagnostic et télésurveillance;
- remplacement de la carte d’assurance-maladie par une carte à puce de santé;
- développement d’applications de soutien pour le maintien à domicile, les urgences, l’hébergement des personnes âgées, la protection de la jeunesse;
- définition des orientations d’un réseau d’information sociosanitaire sécurisé.
3. Présentation de trois sites
3.1 Le site du gouvernement fédéral
Le site Internet principal du gouvernement du Canada (il se présente comme le "Site du Canada") a une adresse simple. On peut taper www.gc.ca ou www.canada.gc.ca. La simplicité ne se limite pas au nom. Une fois choisie la langue de son choix (anglais, ou français) c'est un écran sans fioriture qui est montré: une image titre "Contenu" avec huit rubriques que l'on peut appeler en cliquant sur l’une des huit images correspondantes OU sur un menu texte proposé en bas d'écran. On se préoccupe, comme aux Etats-Unis, des internautes qui n'accèdent à la toile qu'avec des débits limités ou avec un navigateur restreint à l’affichage textuel. Deux petites images au bas de l'écran permettent d'aller sur deux programmes phares: 2000 Canada et le millénaire, Annuaire téléphonique.L'image "annuaire téléphonique" donne accès au service SAGE, le service d'annuaires gouvernementaux électroniques. Il a l'ambition d'être à terme la combinaison de tous les annuaires existants (téléphoniques et électroniques) dans l'administration fédérale mais aussi provinciale et territoriale. Il n'offre pas encore à ce jour les adresses internet des fonctionnaires; il est rappelé (dans la liste question réponse) qu'il appartient à chaque ministère ou organisme de définir sa politique en ce qui concerne la diffusion des adresses internet de son personnel. Mais le mouvement est un marche. SAGE est la première étape pour rapprocher le citoyen et le personnel de l'administration.
Outre l'offre (ponctuelle?) de deux programmes phares, le site propose huit rubriques (sur deux colonnes):
- Au sujet du Canada: renvoi à des sites ou des pages d'intérêt général sur le Canada;
- "Gouvernement: un survol": présente le gouvernement et son fonctionnement. Cette présentation est suivie de la liste des lois "les plus demandées" (idée intéressante);
- Organismes fédéraux: pointe sur les webs de ces organismes classés par ordre alphabétique. Cette liste est une bonne indication de la percée de l'Internet comme source d'information pour l'administration;
- Programmes et services: d'une classification d’organismes, on passe à une classification par prestation. Nous nous limitons à citer trois services. Le site de Développement des ressources humaines au Canada donne accès au programmes nationaux et régionaux pour l'emploi. Le "Guide des services et des programmes du Canada à l'intention de la petite entreprise" est d'une grande richesse: outre des informations sur les services, il offre l'accès au réseau canadien de gestion avec causeries/pauses-café, plus de 150 conseillers pluri-éthniques, plus de 500 articles sur les affaires, plus de 1300 organismes de soutien. Enfin le système fédéral d'information aux entreprises préfigure bien le guichet unique des entreprises. Lancé par les Centres de services aux entreprises du Canada (CSEC) il implique 28 organismes et ministères. Les services sont classés par type d'information (alliances stratégiques, démarrage, emploi, exportations) et type d'entreprise (aérospatiale ... transports);
- Quoi de neuf ?: donne la liste des publications récentes. L'impression du 25 mai 1998 donne 11 références de documents publiés le 22 mai!;
- Recherche: permet d'interroger l'ensemble des sites Internet du gouvernement fédéral et d'accéder aux moteurs de recherche de chaque organisme;
- Commentaires: rubrique traditionnelle;
- Autres gouvernements: gouvernements provinciaux et territoriaux, centre intergouvernemental d'information en direct (ci dessous);
Un site simple, mais efficace; il donne un accès facile à une masse d'informations à la fois par par ordre alphabétique des organismes ou services ET par un moteur de recherche. On retire du passage sur ce site que l'Internet est bien devenu au Canada une source d'information de l'Etat majeure.
3.2 Le Centre Intergouvernemental d'Information en direct
Ce site est le point d'entrée pour l'étude de l'expérience canadienne, la recherche d'une source d'information, d'une procédure en ligne. L'idée d'un projet "Gouvernements canadiens en direct (GCED) a été proposée dès 1995 lors d'une réunion rassemblant les gouvernements fédéral, provinciaux et des territoires, ainsi que des municipalités. Les objectifs de l'équipe GCED sont de:
- favoriser la collaboration entre les divers niveaux de l'administration dans l'utilisation des technologies, notamment par le partage de technologies et d'expertises;
- assister les gestionnaires gouvernementaux dans l'identification d'intiatives stratégiques pour des actions conjointes;
- promouvoir les solutions homologuées et participer au développement d'une image d'un gouvernement efficace.
L'équipe GCED a lancé le site intergov. La première page (très sobre) permet d'accéder d'emblée à une multitude d'informations. On y trouve un bandeau image avec toutes les rubriques et, en son centre, un cadre pour des rubriques publicitaires. Le site va pouvoir se financer partiellement par de la publicité de l'Etat. On retrouve d'ailleurs cette idée dans un rapport du Québec: les recettes publicitaires de l'Etat peuvent contribuer à financer le développement de contenu.
Le menu se compose de trois parties:
- Rejoignez vos gouvernements: Nations du monde (France pointe sur l'annuaire du site d'admifrance), Gouvernement du Canada, Provinces et territoires, Municipalités Canadiennes, Universités et collèges;
- Services de collaboration: on note le répertoire des services en direct, une rubrique veille technologique, l'accès à des forums. Le répertoire des services en direct est alimenté directement par le producteur d'un nouveau service qui se voit offrir une grille pour enregistrer son service.
- Outils: notamment l'accès facilité par un moteur de recherche et la carte du site. On soulignera cette double possiblité d'accéder à l'information: par recherche de pages satisfaisant un ou plusieurs critères, ou par recherche plus visuelle, en fonction d’un classement logique ou alphabétique.
En choisissant de visualiser les provinces, on accède pour chacune d'entre elles --par exemple le Québec-- à une page de même structure qui donne un résumé de l'état du gouvernement en ligne dans la province. En cliquant sur Services en direct, on mesure la progression de l'offre de services en ligne. On retrouve aussi les documents publiés au sujet des autoroutes de l'information.
3.3 Le site d'information d'Industrie Canada
Strategis est le nom donné au site d'information du ministère de l'industrie à destination des entreprises canadiennes. Fruit d'une collaboration avec les autres ministères fédéraux, il contenait, fin 1997, quelque 20.000 documents électroniques. Les données "proviennent des sources les plus à jour publiées par Statistique Canada, l'OCDE et les gouvernements étrangers. Un important travail de collecte, d'agrégation, d'analyse, de présentation est réalisée par l'équipe de strategis".La première page du site nous semble un modèle du genre. De rares images (un bandeau avec Strategis, titre de la page, des options (Aide, Quoi de neuf, Carte du site, Opinion, Contexte, Langue), la rubrique Recherche puis trois colonnes de rubriques. La colonne de gauche distingue les neuf chapitres du site: renseignements sur les entreprises, débouchés d'affaires... renseignements pour les consommateurs. La colonne du centre attire l'attention sur les nouveautés, les produits phares. La colonne de droite donne un accès par groupe d'entreprises: petites entreprises, technologies de pointe... en quelque sorte un Strategis "personnalisé". La présentation en trois colonnes se retrouve sur de nombreuses pages de type "menu".
Conclusion
A l'issue de cette étude et du temps passé sur les sites du Canada, on a la même impression qu'au terme de l'étude sur les Etats-Unis. L'Internet est devenue un outil de travail. Les informations récentes sont sur l'Internet, on ne peut plus s'en passer. L'aspect des sites indique aussi la maturité. Il n'est pas important d'attirer l'attention par de beaux graphiques, c'est l'efficacité, la simplicité d'utilisation qui est le critère déterminant. Et on apprécie de voir le menu "image" dupliqué en mode texte, le moteur de recherche complété par des annuaires et la carte du site. Avec des sites comme strategis, on est clairement aussi en route vers les guichets sans doute pas encore "universels", mais déjà uniques pour une large gamme d'utilisation.On retient également cette volonté de l'Etat d'avoir un rôle d’entraînement. L'Internet dans l'administration est un élément majeur de la politique industrielle du pays. Mais cela implique que l'on développe l'utilisation et les points d'accès. Le programme d'accès communautaire mis en place est certainement à suivre avec attention pour les leçons qu'il est susceptible de nous apporter. Enfin on souligne que la progression de l'Internet ne va pas conduire directement à des économies. Il va falloir maintenir longtemps les procédures sur support papier et subventionner les points d'accès qui ne seront pas rapidement rentables.
Annexe
Les dates pour les projets du Gouvernement fédéral:
- Janvier 1994
: Dans le discours du trône le gouvernement promet d'établir une stratégie pour l'autoroute canadienne de l'information- Printemps 1994
: Mise en place du comité consultatif sur l'autoroute de l'information- Septembre 1995
: Le comité consultatif publie le rapport final de la phase 1: Contact, Communauté, Contenu: Le défi de l'autoroute de l'Information- Mai 1996
: Le gouvernement canadien publie son plan: La société Canadienne à l'ère de l'Information: Pour entrer de plain-pied dans le 21e siècle- Septembre 1997
: Le comité consultatif publie le rapport final de la phase 2: Préparer le Canada au monde numérique