Les axes de recherche
Dans le découpage par axes qui suit, nous n’avons fait
apparaître en général chacun des travaux de membres
de l’équipe qu’une seule fois à propos de l’axe qui le
caractérise le mieux, mais il est clair que la plupart sont
à la croisée de plusieurs axes.
L'algèbre linéaire, aspects
épistémologiques et didactiques - (Jean-Luc Dorier,
Ghislaine Chartier)
Cette recherche, conduite dans le cadre du G.D.R. "didactique"
depuis 1989, s'intéresse aux questions relatives à
l'enseignement de l'algèbre linéaire en première
année d'université scientifique. L'enseignement de la
théorie des espaces vectoriels dont chacun reconnaît
l'importance pour des étudiants scientifiques est
également ressenti comme particulièrement
problématique, par les étudiants comme par les
enseignants. Cette recherche se fonde avant tout sur une étude
détaillée de l'histoire et de
l'épistémologie de la théorie des espaces
vectoriels. Certains points de cette analyse ont été plus
particulièrement développés, notamment : le
concept de rang dans l'étude des systèmes
d'équations linéaires, les concepts de base et de
dimension, l'Ausdehnungslehre de Grassmann. Une analyse approfondie de
ces questions a été regroupée dans une perspective
élargie. A la lumière de ce travail nous examinons, sur
un plan assez large, la question des liens entre
l'épistémologie et la didactique. C'est autour de ce
thème que j'ai rédigé ma note de synthèse
pour le diplôme d'habilitation.
L'analyse historique laisse ressortir que la théorie moderne des
espaces vectoriels dont les prémisses ne datent que de la fin du
19e n'a vraiment percé qu'à partir des années
1920-1930. Si elle a permis d'aborder des questions nouvelles d'analyse
fonctionnelle où les espaces sont de dimension infinie, son
succès tient tout autant à son pouvoir unificateur et
généralisateur. Ainsi la plupart des problèmes qui
se résolvent maintenant à l'aide de la théorie des
espaces vectoriels l'ont d'abord été à l'aide
d'outils moins formels et plus ad hoc. C'est bien entendu vrai pour la
dimension finie, mais aussi pour la dimension infinie, qui a
donné lieu entre 1880 et 1920 à un élargissement
de la théorie des déterminants, qui est à la
source de l'analyse fonctionnelle. L'étude
épistémologique des concepts d'algèbre
linéaire doit donc prendre en compte des processus de
généralisation. Dans ce sens, les rôles respectifs
joués par des domaines tels que la géométrie et
les équations numériques sont fort distincts. A travers
essentiellement l'utilisation des déterminants (à partir
de 1750), l'étude des équations numériques a
permis l'élaboration d'une première théorisation
du linéaire, d'où est en particulier sorti, non sans mal,
le concept de rang. A la fin du 19e, celle-ci permettait de
résoudre une multitude de problèmes. Mais elle est
toujours restée avant tout un outil pratique, plus qu'un objet
théorique. De plus l'extrême technicité de certains
calculs a parfois masqué des résultat fondamentaux (cf.
la genèse du concept de rang). La géométrie a,
quant à elle, joué un rôle complexe. Le
parallélogramme des forces, connu depuis l'antiquité, est
quasiment anecdotique, car il y a loin de cette illustration de la
résultante de deux forces au concept d'addition
algébrique de deux entités géométriques. En
fait, à travers l'histoire de l'algèbre linéaire,
c'est tout l'historique des échanges dialectiques entre
algèbre et géométrie, spécialement au cours
du 19e, qui est en jeu : les premiers calculs vectoriels (Möbius,
Bellavitis), la représentation géométrique des
complexes, les quaternions (Hamilton), et le calcul d'extension de
Grassmann.
Sur le plan plus didactique, nos travaux sont organisés autour
d'une expérimentation à l'Université de Lille,
menée par Marc Rogalski. Il s'agit de l'élaboration d'une
ingénierie longue portant sur un enseignement d'une soixantaine
d'heures. Les questions didactiques liées à la
spécificité d'un projet long ont été
examinées en détail et de façon
générale dans cette recherche (problèmes de
maturation dans l'apprentissage, de retour en arrière, et de
connexion et articulation de moments distincts de l'enseignement,
etc.). Par ailleurs, comme nous l'avons souligné plus haut,
l'analyse épistémologique fait ressortir que les concepts
d'algèbre linéaire sont avant tout unificateurs et
généralisateurs, ils servent à unifier diverses
branches des mathématiques et à donner des
méthodes générales de résolution,
plutôt qu'à résoudre de nouveaux problèmes.
De cette spécificité épistémologique
découlent des contraintes didactiques nouvelles qui ont conduit
à l'utilisation dans l'enseignement de l'algèbre
linéaire du levier "méta", c'est-à-dire
l'explicitation d'un questionnement des étudiants sur
l'intérêt de l'utilisation de la théorie des
espaces vectoriels. L'ingénierie mise en place est actuellement
assez stable et a pu être expérimentée pendant
plusieurs années successives, ce qui a permis de dégager
des régularités. Les questions actuellement les plus
vives portent sur la méthodologie de l'analyse, en particulier
au regard des spécificités liées au projet long et
de l'utilisation du levier "méta".
Ces travaux sont l'objets de collaborations avec des équipes ou
des chercheurs étrangers à Montréal
(Université Concordia), aux USA (Purdue University), au
Brésil (PUC de São Paulo) et au Maroc (Université
de Fès).
Autres participants : A. Robert, J. Robinet, M. Rogalski (Équipe
DIDIREM, Paris VII).
Rôle de la géométrie
(représentation, langage, intuition) dans l'enseignement et
l'apprentissage de l'algèbre linéaire - Ghislaine
Chartier, Jean-Luc Dorier.
Notre objectif est d'analyser en quoi la géométrie peut
être utile pour l'enseignement et l'apprentissage de
l'algèbre linéaire. Une première difficulté
consiste à préciser le sens du terme "
géométrie ", qui peut aussi bien désigner la
géométrie élémentaire, fondée sur
les axiomes d'Euclide, qu'une théorie reposant elle-même
sur l'algèbre linéaire. D'autre part l'expression "
intuition géométrique ", qui est fréquemment
employée par les enseignants lorsqu'on leur pose la question de
l'usage de la géométrie en algèbre
linéaire, admet elle aussi des interprétations
très variées.
C'est le travail de Fischbein au sujet de l'intuition en sciences, et
en particulier en mathématiques, qui nous permet d'entreprendre
une analyse plus précise de ce peut être l'intuition
géométrique en algèbre linéaire. Selon
Fischbein, l'intuition fournit des représentations qui
permettent au raisonnement d'être productif en offrant à
celui-ci des bases ayant l'apparence de certitudes. Un important
facteur d'intuition est l'emploi de modèles. Fischbein en
distingue plusieurs types : modèle analogique
(indépendant de l'original), modèle paradigmatique (un
exemple, choisi comme le plus représentatif d'une classe) ;
modèle intramathématique ou extramathématique
(l'emploi de dessins se rattache en particulier à ce dernier
type de modèles).
Cette théorie peut être employée pour une analyse
cognitive, mais aussi pour une approche épistémologique.
Nous l'utilisons ainsi pour étudier le rôle de la
géométrie dans la genèse et l'évolution de
l'algèbre linéaire ; on peut observer dans des œuvres de
Leibniz, Grassmann, Riesz ou Schmidt différents types d'emplois
de modèles issus de la géométrie.
Après cette analyse historique, nous étudions comment
l'algèbre linéaire a été
insérée dans les programmes de lycée, en
association avec la rénovation de l'enseignement de la
géométrie. L'algèbre linéaire a totalement
disparu de l'enseignement secondaire en 1986 ; il reste cependant dans
les programmes du secondaire des notions, rencontrées dans le
cours de géométrie, et que les étudiants
retrouveront dans les cours d'algèbre linéaire,
bilinéaire, et même d'analyse fonctionnelle (par exemple :
base, projection). Nous avons étudié la vie et
l'évolution de ces notions tout au long du cursus scolaire : y
a-t-il des propriétés, vues dès le secondaire, et
qui restent pertinentes au-delà ? Quelles sont les
propriétés entièrement nouvelles, et quels
problèmes peuvent-ils être posés par le fait que
ces notions ont déjà été rencontrées
auparavant ? Quelles sont les praxéologies associées,
dans le secondaire et dans le supérieur (tâches
semblables, tâches nouvelles ; évolution des techniques et
des technologies ....)
Cette étude nous a guidés pour l'élaboration de
deux questionnaires, l'un destiné à des
enseignants-chercheurs et l'autre à des étudiants de
CAPES ou de maîtrise. Nous avons encore recours à la
théorie de Fischbein pour analyser, en termes d'emplois de
modèles géométriques, les réponses à
ces questionnaires. Nous observons ainsi des décalages entre les
modèles que les enseignants supposent à l'œuvre chez les
étudiants et ceux que ces derniers semblent utiliser de
manière effective. Les étudiants qui sont
confrontés au cours de leurs études à des usages
très différents de la géométrie par les
enseignants d'algèbre linéaire peuvent notamment
construire spontanément des modèles inadaptés,
dans lesquels interviennent aussi des connaissances de
géométrie de l'enseignement secondaire.
Nous poursuivons actuellement l'étude de ces questions, pour
tenter notamment de préciser comment les enseignants pourraient
contribuer à l'élaboration par les étudiants de
modèles géométriques adaptés à la
pratique de l'algèbre linéaire.
Les rapports entre les savoirs
mathématiques et les savoirs professionnels comme contraintes
des systèmes didactiques professionnels (Annie Bessot,
Madeleine Eberhard, Sylvain Deprez).
Notre hypothèse est que les difficultés
rencontrées par les élèves et les enseignants en
classe de mathématiques, dans les lycées professionnels
ou techniques, proviennent, pour une part, de la non-prise en charge
par les mathématiciens du rapport entre savoirs
mathématiques et savoirs utiles pour des disciplines non
mathématiques et pour la professionnalisation. C'est prendre le
parti de ne pas attribuer complètement ces difficultés au
recrutement des élèves par " l'échec scolaire ".
Des tentatives d'organisation de savoirs mathématiques
spécifiques aux professions peuvent être analysées
comme des réponses à la " contrainte de double
légitimité ", culturelle (relations aux pratiques) et
épistémologique (relation aux mathématiques), que
doit assumer tout enseignement mathématiques dans une
institution professionnelle : l'existence de manuels intitulés "
Mathématiques pratiques ", maintenant obsolètes,
l'atteste. Un indice de la difficulté à faire exister des
savoirs mathématiques qui se légitiment culturellement
par leurs relations aux pratiques, est l'alternance de leur apparition
ou leur disparition comme discipline enseignée. Par exemple en
France, la géométrie descriptive de Monge (qui n'est plus
enseigné) a tenté une unification mathématique de
procédés pratiques de construction ; dans son
traité de " Leçons de géométrie " (1901)
Hadamard avait inclus un chapitre (" notion sur la topographie ") dont
certains éléments ont été transposés
dans des manuels de géométrie pratique qui n'ont plus
cours. Actuellement, dans les programmes de mathématiques de
l'ensemble des filières professionnelles et technologiques, la "
contrainte de double légitimité " se traduit par la
juxtaposition de déclarations explicites sur le caractère
instrumental des savoirs mathématiques présents et de
justifications de choix de contenus peu éloignées de
celles des programmes des filières générales. En
fait, l'analyse des contenus de ces programmes montre qu'ils
résultent de troncatures des programmes de mathématiques
de l'enseignement général.
Par ailleurs, le besoin en mathématiques exprimé par des
enseignants non mathématiciens renvoie principalement à
une collection de savoirs mathématiques identifiables à
des savoirs de base du collège, y compris pour la filière
technologique : ce besoin exprimé semble davantage correspondre
à un " bagage " minimum nécessaire au déroulement
convenable de leur enseignement plutôt qu'à des savoirs
opératoires pour la pratique future de leurs
élèves.
Nos questions de recherches s'organisent autour de trois pôles
(depuis les savoirs et pratiques de référence jusqu'au
système d'enseignement).
1 – Un premier pôle est relatif à la nature, la
visibilité et la nécessité de connaissances
mathématiques utiles à la pratique des chefs de chantier
ou des ouvriers qualifiés dans les métiers du
bâtiment.
2 – Le deuxième pôle a trait aux savoirs
mathématiques présents dans des enseignements non
mathématiques. A quelles situations professionnelles sont-ils
référés? Comment sont-ils transformés par
leur co-existence avec d'autres savoirs ? Comment interviennent-ils
dans la gestion de la classe par l'enseignant non mathématicien ?
3 – Le dernier pôle concerne la classe de mathématiques
dans les lycées professionnels et techniques : l'enseignant de
mathématiques prend–il en charge le projet professionnel de ses
élèves ? Comment se manifeste la " contrainte de double
légitimité " dans les interactions – relatives au savoir
en jeu – entre enseignant et élèves ? Un rapport
spécifique aux savoirs mathématiques est-il mis en place
?
L'Enseignement de Mathématiques pour
les Sciences Economiques (Alain Birebent, Jean-Luc Dorier)
L'enseignement de mathématiques dans les filières de
Sciences Économiques présente des particularités
liées tant au public à qui il est destiné
qu'à l'institution dans laquelle il a lieu. Le travail
mené dans ce cadre tend à dégager ces
spécificités et à mettre en place des
séquences d'enseignement qui leur sont adaptées. La
question principale se pose en terme de changement de rapport aux
mathématiques des étudiants qui arrivent en
première année de DEUG de Sciences Économiques. Le
but étant de leur donner les moyens de réfléchir
à leurs besoins en mathématique par rapport aux sciences
économiques, c'est la question de la modélisation
mathématique qui se trouvent au centre de nos
préoccupations. Nous avons mis au point une séquence
d'introduction permettant de soulever des questions fondamentales quant
à la modélisation et à l'utilisation de
mathématiques sur une situation qui ne présente a priori
aucun élément de mathématiques. Le but est de
faire réfléchir les étudiants sur
l'intérêt d'utiliser leurs connaissances de
mathématiques (élémentaires) pour résoudre
un problème qui sort du cadre scolaire habituel et dans un
deuxième temps de pouvoir mettre en place un modèle
mathématique dans lequel ces connaissances vont être
efficaces. Notre recherche s'oriente à présent vers
l'analyse des retombées d'une telle séquence et sa
coordination avec le reste de l'enseignement au cours de
l'année. Nous disposons d'un corpus de situations d'enseignement
permettant d'appliquer des outils mathématiques à des
problèmes économiques et nous cherchons à les
englober dans une approche unifiée autour de questions centrales
liées à la modélisation et à l'utilisation
des mathématiques dans des cadres économiques.
Dans le cadre de cet axe de nos travaux, nous avons à plusieurs
reprises participé à des groupes de travail sur le
thème des mathématiques comme discipline de service, dans
des rencontres internationales. Il en ressort en particulier des
spécificités assez nettes des mathématiques pour
les sciences sociales, et particulièrement pour
l'économie ou la gestion, par rapport aux mathématiques
pour ingénieurs. Néanmoins une part des
problématiques est commune.
Autres participants : A.Bessot, L.Coulange et A.Birebent (Laboratoire
Leibniz)
Le processus de conception de
systèmes mécaniques et son enseignement. La transposition
didactique comme outil d'une analyse épistémologique -
Guy Prudhomme, Annie Bessot et Daniel Brissaud (Laboratoire 3S)
Dans un marché compétitif, le processus de conception
de systèmes mécaniques prend une place de plus en plus
importante pour produire dans le meilleur délai, au plus
près des besoins et au moindre coût. Notre travail a comme
objectif de comprendre ce processus et de faire des propositions pour
son enseignement. Il montre qu'au cours d'un projet de conception, si
l'organisation des activités de conception s'appuie initialement
sur celle proposée par la méthode de
référence, le processus effectif va se définir
dans l'action, en s'adaptant aux singularités de la situation.
Ce travail est le fruit d'un regard pluridisciplinaire, faisant
interagir les concepts de conception mécanique avec ceux de
didactique. Il s'appuie sur les observations de deux situations de
formation: l'une dans une institution d'enseignement, l'autre dans une
institution de formation en entreprise. Nous mettons en évidence
que les méthodologies qui font référence sont
celles proposées par les normes (Analyse Fonctionnelle ou
Analyse de la Valeur). Mais nous montrons également que les
pratiques effectives de conception sont fonction de la capacité
des concepteurs à mobiliser d'autres savoirs, de
différentes natures, qui vont être
considérés simultanément avec ceux de la
méthode. Ils sont les conditions écologiques
nécessaires pour que les concepteurs instrumentent les savoirs
de la méthode pour concevoir. Le processus est alors bâti
autour d'une conversation réflexive entre la situation qui pose
problème, le problème tel qu'il est posé par les
concepteurs et les solutions technologiques envisagées comme
possibles.
L'analyse de ces observations nous conduit à interroger les
situations d'enseignement à construire pour que les
étudiants apprennent sur le processus effectif de conception des
systèmes mécaniques dans un environnement donné.
Nous proposons d'instituer la pratique réflexive pour
repérer les connaissances mises en usage et nourrir le
répertoire personnel de connaissances des concepteurs.
Mots clés : Processus de conception, Conception
simultanée, Enseignement, Transposition didactique,
Epistémologie, Pratique réflexive, Systèmes
mécaniques
Articulation entre la calculatrice et
l'approximation décimale dans les calculs numériques de
l'enseignement mathématique secondaire. Le cas des calculs
trigonométriques (Alain Birebent, Annie Bessot).
Parmi les problèmes didactiques que ne cesse de poser la
calculatrice à l'enseignement mathématique secondaire (en
collège et en lycée) depuis son introduction officielle
aux débuts des années 80, nous analysons ceux qui
ressortent des relations qu'elle entretient avec l'approximation
décimale au cours de calculs numériques.
Ces relations se développent à partir des
différents savoirs mathématiques en jeu dans
l'enseignement du Calcul numérique et qui touchent tant à
l'organisation des calculs qu'à utilisation ou à
l'interprétation des résultats dans différents
cadres (géométrique, numérique, analytique, etc.).
En dégageant des conditions écologiques de la vie ces
savoirs dans l'enseignement actuel et en suivant leur évolution
dans l'institution, nous cher-chons à qualifier la nature de la
cohabitation actuelle entre la calculatrice et l'approxima-tion
décimale : peut-il s'agir d'une articulation, au sens d'un
ensemble d'interactions guidées par des contrôles sur les
résultats décimaux à partir de savoirs sur les
erreurs et la propagation de ces erreurs dans les calculs ? et dans
quelle mesure, cette articulation, si elle existe, s'ins-crit-elle dans
l'enseignement de l'Analyse du lycée ?
La présence de la calculatrice (et l'éviction des tables
numériques) autorise (et élimine) des techniques et des
pratiques qui façonnent les rapports au Calcul numérique
des élèves et des professeurs. En décrivant les
composantes instrumentales de ces rapports et en étudiant leurs
genèses individuelles et collectives dans l'activité
mathématique de la classe et de chacun des acteurs, nous
cherchons à les insérer dans une économie
didactique du Calcul numérique instrumenté : à
quelles conditions cette éco-nomie peut-elle favoriser
l'articulation entre la calculatrice et l'approximation décimale
et son intégration dans l'enseignement actuel de l'Analyse ?
Nous avons choisi les calculs trigonométriques qui nous
permettent de cibler autour d'enjeux didactiques institutionnels forts,
à la fois l'objet mathématique "approximation
numérique décimale" et l'objet technique "calculatrice",
et d'analyser leur cohabitation dans des calculs numériques. De
la classe de quatrième à celle de première S, ils
activent de nombreux calculs numériques où la
calculatrice est systématiquement appelée.
La partie expérimentale de notre recherche comporte une
série d'exercices proposée à des enseignants de
seconde sous la forme d'un devoir surveillé et une
ingénierie composée de trois séances de modules en
première S. Cette ingénierie porte sur le
"problème du fabricant de tables" et son principal enjeu
didactique est la numérisation décimale de la fonction
"cosinus degré" sur l'intervalle [0 ; 90].Thèse
soutenue.
Etude des contraintes du système
didactique et théorisation des pratiques des enseignants de
mathématiques - Claude Comiti.
Il s'agit de modéliser les interactions entre enseignant et
élèves relatives au savoir en jeu, dans une situation
à finalité d'enseignement, en prenant en compte les
conditions dans lesquelles sont placés l'enseignant et
l'élève pour pouvoir réaliser l'enjeu d'une
relation d'enseignement/apprentissage, dont notamment une contrainte
temporelle (la durée d'apprentissage est
déterminée par l'institution) et une contrainte
épistémologique (la connaissance acquise doit être
" conforme " à un savoir de référence).
Cette modélisation a pour objet de donner du sens à
certains événements survenant en situation de classe
ainsi qu'aux décisions du professeur liées à ces
événements. Les événements et
décisions auxquelles nous nous intéressons sont ceux qui
sont déterminés par les caractères
spécifiques du savoir en jeu et de son usage dans la classe.
Nous étudions notamment les décisions de l'enseignant qui
sont déterminées par les caractères
spécifiques des savoirs visés et leur usage par les
élèves, ainsi que le rôle des différents
assujettissements dans la prise de décision.
La première étape de cette recherche nous a conduite
à caractériser certains phénomènes typiques
de l'activité didactique révélateurs des
dysfonctionnements de la situation, (et notamment celui que nous avons
appelé " dédoublement de situation "). Dans une
deuxième étape, il s'est agi d'interpréter les
régulations assurées sur le contenu mathématique
en jeu, lors de tels dérèglements. Nous avons
analysé le système de régulation qui permet
d'assurer le maintien de l'équilibre nécessaire à
l'action didactique. Ceci nous a conduite à repérer la
signification des passages d'un type de contrat à un autre et
à confirmer notamment l'intérêt et la pertinence
d'une modélisation des décisions locales de l'enseignant
en terme de contrats didactiques locaux (Brousseau 96).
Nos terrains d'analyse sont multiples : étude de l'introduction
de la racine carrée en classe de troisième au
collège en France (en collaboration avec Denise Grenier,
équipe CNAM), mais aussi étude de l'enseignement des
mathématiques en français dans des classes bilingues de
la ville de Vientiane, au Laos.
Pratiques du professeur du double point de
vue écologique et économique. Le cas de l'enseignement
des systèmes linéaires et de la mise en équations
- Lalina Coulange, Annie Bessot, Jean-Luc Dorier.
Dans le cadre de notre travail de thèse, notre objectif
premier est d'étudier les pratiques enseignantes dans
l'enseignement des mathématiques au Collège et au
Lycée.
Nous nous intéressons plus précisément à
l'enseignement des deux objets spécifiques "systèmes
d'équations" et "mise en équations" en Troisième
et en Seconde pour les raisons suivantes :
- ce sont des enjeux d'enseignement relativement importants dans les
deux classes considérées (qui représentent un
moment de transition "fin de collège - début de
lycée" dans le système éducatif) et dans de
nombreuses autres institutions par la suite (au niveau du
supérieur).
- ce sont des objets de nature différente : l'objet
"système d'équations" peut être vu comme de nature
mathématique et l'objet mise en équations comme une
notion paramathématique. On peut donc faire l'hypothèse
que leur enseignement relèvent de pratiques différentes
de la part de l'enseignant.
Suivant l'approche anthropologique qui met en avant une "dialectique
des personnes et des institutions", nous considérons que le
professeur est soumis aux contraintes résultant
d'assujettissements à différentes institutions (qui
pèsent sur tout système didactique). Il reste à
l'enseignant un espace de liberté à gérer dans le
cadre de ces contraintes. Pour étudier ces contraintes et
"libertés" que nous dirons "externes", il nous est apparu
judicieux de nous placer dans une problématique de type
écologique et de faire une analyse de manuels et de programmes
du début du XXème à 1999 pour trouver des
éléments de réponses aux questions suivantes :
Quelles sont les contraintes propres aux rapports institutionnels
actuels aux objets "Systèmes d'équations" et "Mise en
équation" en classe de Troisième ? Qu'ont-elles
été à d'autres époques d'enseignement ?
Quelles ont été leur évolution d'une
période à l'autre ? Quelles "libertés possibles"
cela représente-t-il pour l'enseignant par rapport au
système de contraintes actuelles ?
Au sein de l'espace de liberté "externe" laissé à
l'enseignant, les régulations de la relation didactique
soumettent à leur tour le professeur à de nouvelles
contraintes que nous dirons "internes". Suivant une approche de type
économique, nous étudions ces contraintes "internes" du
point de vue des concepts de milieu des contrats didactiques. Nous
avons recueilli des données de plusieurs types : réponses
d'enseignants de Troisième et de Seconde à des
questionnaires, entretiens, observations "naturalistes" dans une classe
de Troisième au moment de l'introduction officielle des
systèmes d'équations, expérimentation en classe de
Seconde... À partir de l'analyse du corpus ainsi
constitué, nous cherchons à apporter des
éléments de réponse aux questions suivantes :
Peut-on définir certains choix et décisions d'enseignants
de Troisième au moment de l'introduction officielle des
systèmes d'équations ? Quelles sont les connaissances
didactiques et mathématiques qui sous-tendent ces choix et
décisions ? Quel contrat didactique spécifique à
la mise en équations semble être mis en place en
Troisième ? Quels éléments pérennes de ce
contrat didactique semblent conditionner les attentes des enseignants
et les comportements d'élèves de Seconde ?